09 juin 2013

DOCUMENT

1814: L'Empereur Napoléon 1er dans l'Allier

Acquis tout récemment,  voici un document qui une fois décrypté, révèle une tranche d'histoire nationale.

Signé par l'adjoint au  maire de Moulins,  Joseph MARLY, ce feuillet ordonne le transport de militaires (et de leurs bagages) de Moulins pour Montmarault "pour le service de sa Majesté l'Empereur et Roi".

Il est dit que le départ se fera à l'heure de midi  des cours de Bérulle (Ces cours partaient de la rue d'Allier jusqu'à l'actuel théâtre et portaient le nom du Marquis de Bérulle ancien Intendant du Bourbonnais de 1756 à 1760 et qui œuvra largement pour la construction du pont Régemorte dont son épouse posa la première pierre le 4 octobre 1757).

Nous remarquons que ce document est daté du 10 avril 1814...Et là le coté historique du document prend tout son sens.

La campagne de France (de janvier à avril 1814) est une véritable victoire pour l'empire, après avoir gagné de nombreuses batailles, l'Empereur ne peut empêcher l'entrée le 31 mars 1814, des troupes Prussiennes et Russes dans Paris.

La campagne de France 1814.(peint par Meissonier)

Entrée des troupes Russes dans Paris avril 1814

La reddition de Paris, et le refus de combattre des généraux qui l'accompagnent, décident Napoléon à abdiquer à Fontainebleau le 6 avril 1814.

Les adieux de Fontainebleau 20 avril 1814(peint par Montfort)
Le 11 avril, Caulaincourt et Macdonald signent à Paris une convention donnant à Napoléon la souveraineté de l'île d'Elbe et lui garantissant une rente de deux millions de francs par an.
L'Empereur quitte donc Paris pour rejoindre St-Raphael où un bateau l'attend pour rejoindre son île-prison.

Le 21 avril 1814, lors de son exil Napoléon fait halte à Nevers. La journée du 22 verra , les derniers détachements de la garde faire leur ultime escorte à leur empereur jusqu’à Villeneuve-sur-Allier près de Moulins.
Extrait du livre: Histoire de l'Empire par M.A.Thiers  édition de 1867.(Tome IV)
L'Empereur arrive dans le Bourbonnais.
C'est à cette occasion, que le maire de Moulins (le Baron d'Empire DESROYS) met à la disposition de l'Empereur, une garde d'honneur qui s'organise à Montmarault dès le 11 avril 1814, ne sachant pas exactement quant Bonaparte va passer  par le département, ce ne sera finalement que le 22 avril 1814.

La plupart  des départements traversés durant cette triste descente vers le sud, mettent sur pied  pour l'Empereur en signe d'attachement, une escorte.

En marge du document, Joseph MARLY certifie le paiement de 26 francs entièrement payer au voiturier.
Une annotation manuscrite de Georges Etienne Antoine BOUCAUMONT (1767-1832) maire de Montmarault en date du 11 avril 1814 acte l'arrivée des troupes.

Ce document marque la fin de l'Empire Français...pour un temps, car L'empereur fera un ultime retour en France en 1815 avant la catastrophique bataille de Waterloo qui mettra un terme définitif à l'épopée napoléonienne.  

Au dos, une très intéressante note manuscrite du Sous-préfet de l'arrondissement de Moulins: Le Comte Auguste de PONS.

Notons que de 1811 à décembre 1815, un Auditeur du Conseil d'Etat est nommé près du préfet de l'Allier. Il a le titre et les fonctions de Sous-préfet d'arrondissement au sein même de la Préfecture.
Le département compte donc durant cette période 4 Sous-préfectures: Moulins, Montluçon, Lapalisse et Gannat.
Cette éphémère Sous-préfecture disparaitra le 20 décembre 1815.

L'annotation faite le 3 septembre1814, légalise et authentifie la signature de Marly, "adjoint de la mairie de Moulins".

Nous sommes maintenant sous la 1ere Restauration, d'ailleurs le cachets de la Sous-préfecture de Moulins porte la fleur de lys.

Nul doute que le maire et son adjoint, Monsieur MARLY, qui  par cette garde d'honneur mise à la disposition de l'empereur, auront à  rendre compte au nouveau Roi Louis XVIII, d'un tel attachement à celui qui est devenu l'Usurpateur...


(Document collection J.Cornieux)





03 juin 2013

UNIFORMOLOGIE


L'uniforme du Préfet Délégué Robert GRIMAUD
Une des grande réforme de l'Etat Français fût la création des préfets de région le 19 avril 1941. Ces "supers préfets" administraient alors des régions selon un découpage administratif parfois fait contre toute logique.
Ils étaient aidés dans leur tâche par un intendant de police, un intendant des affaires économique et dès le 14 novembre 1941 par un préfet délégué.
Ce dernier avait la gestion du département chef lieu.
Robert Grimaud alors sous-préfet de Coutances, partait pour la sous-préfecture de Montbéliard quand il apprit la nouvelle de sa nomination comme préfet délégué à Dijon.
Ce fonctionnaire fils de préfet, naquit à Bourg en Bresse le 1er juin 1898.
Il participe à la 1ere Guerre Mondiale, il est mobilisé d'avril 1918 à octobre 1919, en 1924 il quitte l'armée avec le grade de Lieutenant.
Cette même année il sera chef de cabinet de son père alors Préfet d'Indre et Loire.
Son premier poste de sous préfet, il l'exercera à Ussel en Corrèze en 1926.
La Cote d'Or est un département où la Résistance est très active dès le début de la guerre et le tout nouveau Préfet délégué Grimaud ne satisfait pas du tout les autorités Allemandes d'occupation, le jugeant trop peu efficace.
Le Haut Commandement Allemand demande immédiatement sa suspension le 9 mai 1942.
A Vichy, on s'exécute....Robert Grimaud est alors affecté comme adjoint au chef du service de l'inspection générale des services administratifs.
En janvier 1943, il prend la tête de la direction générale du service du logement de Clermont-Ferrand, parallèlement, il sera en mai suivant Directeur de Cabinet du Préfet George HILAIRE, alors Secrétaire Général du Ministère de l'Intérieur à Vichy.
Le 17 décembre 1945, il sera mis en "expectative", mesure commune à nombre de fonctionnaires en attente de l'examen de leurs activités durant la période de la guerre.
Passé en commission, Robert Grimaud sera mis à la retraite à l'âge de....48 ans.
En 1953, le Ministère de l'Intérieur lui accorde le titre de préfet honoraire.

L'uniforme:


Taillé sur mesure chez l'incontournable Maison Lussan-Roque à Paris en drap fin brillant de couleur  bleu nuit de très belle qualité, cet uniforme est celui adopté dès 1933 par le Corps Préfectoral.


Le veston croisé porte deux rangées de quatre boutons argent au faisceau de licteur. 4 servent à la fermeture. 
Les attentes d'épaulettes sont en cannetille d'argent , les broderies figurent  2 feuilles de chêne et 2 d'olivier.


Une poche de poitrine est placée sur le coté droit.

Les bas de manches brodés sont depuis l'entrée en guerre, réduits. Comme dans l'armée, les préfets adoptent cette mesure pour réduire la visibilité et rendre ces insignes de fonction moins voyants.
Ici la forme en V de la broderie des bas de manches est une particularité peu rencontrée, on trouve souvent les broderies sous forme de rectangles amovibles. On distingue très bien les deux rangs superposés de broderies indiquant le grade de préfet. 


Une étiquette dans la poche interne, nous indique le nom du titulaire et le mois et l'année de confection: Octobre 1941. C'est bien pour sa prise de poste en novembre 1941, que cet uniforme à été confectionné.

Le pantalon est de coupe large et droite comme l'impose la mode du temps; Il comporte deux poches sur les hanches et une poche "revolver" sur la fesse droite. Une martingale sur le dos, permets d'ajuster la taille.
Une bande de 45mm orne chaque jambe. De soie noire, elle alterne bouquets de feuilles de chêne et d'olivier.
C'est ici un pantalon de petite tenue, pour la grande tenue cette bande est similaire mais en broderie de fils d'argent.



 La casquette présentée ici, n'est malheureusement pas celle du Préfet Robert GRIMAUD. C'est le modèle 1933 avec macaron du 1er type. C'est sans aucun doute ce modèle qu'il portait avec cet uniforme.


 Pour illustrer cet article, voici un document de ma collection, émanant de la Direction Général du Logement de la région administrative de Clermont-Ferrand, dont le Préfet GRIMAUD était le directeur.
Le document daté du 30 juin 1944, réquisitionne un logement à Cusset.(03), il est signé par le directeur local de Vichy.
Autre document, cette modeste et émouvante carte trouvée dans la poche de la veste de cet uniforme (avec une attente d'épaule en cannetille) sur laquelle est inscrit un texte à la mine de plomb, concernant un prisonnier du fort de Hauteville (Les Dijon en Cote d'Or). Un nommé Claude Veil y purge 21 mois d'emprisonnement....
Ce fort, est dès l'occupation allemande, une annexe de la prison départementale, pour les détenus politiques et des Juifs avant de les acheminer vers Drancy. (source site AJPN)