12 décembre 2009

UNE PHOTO....UNE HISTOIRE.



Le sous-prefet LESPES en 1944 photo originale prise a Clermont-Ferrand.(Coll.J.Cornieux)

Au Hasard de mes recherche, j'ai un jour de juillet 2007, acheté une photo d'époque, représentant un fringuant sous-préfet; une bien curieuse et émouvante dédicace, écrite d'une main tremblante, indique ceci:


Jacques LESPES Sous-préfet de Bonneville, mort pour la France et pour son idéal: La sauvegarde de l'union française.
Fusillé par les Allemands le 15 juin 1944 à Annecy.
En souvenir jouyeux et affectueux de sa Tante Valentine.


Cette banale photo des années 40, prise a Clermont-Ferrand au studio Lefièvre-couton, prend soudain une autre dimension...
Un détail me donne une date approximative de cette photo, la casquette s'orne du rare insigne porté a partir de juin 1942...la Francisque!
La Francisque est en effet l'emblême du nouveau regime en place depuis 1940; Donc cette photo se situe entre juin 42 et fin 44.
Mais qui est Jacques Lespès? Je veux en savoir plus, savoir qui est ce sous-préfet tué par les Allemands, pourquoi, dans quelles circonstances....les questions fusent.
Minutieusement je cherche, je compulse ma documentation, mes ouvrages, internet et je trouve effectivement que J.Lespès à été fusillé par les Allemands le 15 juin 1944 dans la cour de la caserne d'Annecy, pour avoir donné l'ordre à un groupe de GMR (groupe mobile de reserve aux ordre du régime de Vichy) de désarmer devant la Résistance; Pour les autirités allemandes c'est un affront, il faut faire un exemple.
Le motif d'accusation est le suivant: "C'est le premier haut-fonctionnaire civil qui ait donné l'ordre de désarmer devant la Résistance".
Sans procès, le verdict sera pourtant sans appel : La mort!
Jacques Lespès, meurt au soir du 15 juin 1944, à l'âge de 33 ans sous les balles allemandes.
Je range précieusement cette photo dans mes archives, le temps passe...
Novembre 2009, je surf sur internet, comme souvent, pour y dénicher une nouvelle pièce pour ma collection, rien...et soudain je remarque dans la liste de pages qui s'affiche, un livre au titre qui me fait bondir:


Marguerite Cécile


JACQUES LESPES


Préface de François MAURIAC

    1948 


Autant vous dire que j'achète sur le champ ce livre.
Marguerite Cécile est la mère de J.Lespès, elle dédie ce livre à ces deux enfants (frères de J.Lespès).
Elle est le témoin direct de ce drame, puisque elle était au coté de son fils, jusqu'au jour précédent son exécution en juin 44.
Je ne vais pas vais vous exposer ici, l'histoire complète, mais juste le passage en rapport avec la photo présentée.
La raison pour laquelle cette photographie a été prise à Clermont-ferrand est bien décrite dans le livre: Par un fait imprévu, en mars 1940, un cousin germain est nommé intendant militaire régional des affaires économiques à Clermont-Fd et ce dernier propose à J.LEPES de le prendre comme chef de cabinet.
Le temps passe, puis en février 1944, on offre à J.LESPES  un poste de secrétaire général à la Préfecture de Tarbes; Il accepte cette promotion, mais coup de théatre,  un cafouillage au Ministère, le Journal Officiel le nomme Sous-préfet de Bonneville en Haute-Savoie!
Il accepte finalement le poste;

Un paragraphe du livre cite:

"Le 11 mars , il revient à Clermont-Ferrand, afin de mettre de l'ordre dans ses affaires et de prendre livraison de son costume de sous-préfet; Une heure avant de se rendre à la gare, il cède à mon désir: je veux posséder sa photographie dans ce bel uniformequ'il porte avec tant de crânerie.Pour me faire plaisir il se rend chez un photographe, puis nous l'accompagnons à la gare son père et moi..."                                  
                                                                               *


La photo publiée dans le livre de 1948

*

Voilà...cette photo, la dernière de J.LESPES, a été prise le 11 mars 1944 à Clermont-Fd dans les circonstance décrites au dessus.Il sera fusillé quelques moi plus tard, le 15 juin, pour avoir ordonné à un groupe de GMR , l'ordre de déposer les armes devant un groupe de résistants, alors qu'il se rendait à Chambery, sur ordre du Préfet, pour se mettre a l'abri.
Informés de ce fait, il sera arrêté le soir même à Annecy par la Gestapo.         
                                          ***********************

Le 21 septembre 1945, le Ministre de l'interieur TIXIER, à la demande du Général De GAULLE, cite J.LESPES à l'ordre de la nation avec attribution de la croix de Guerre à titre posthume.



Le 2 janvier 1946, un nouveau décret, le nomme Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume.



Le 13 octobre 1946, à la demande de G.BIDAULT (Président du gouvernement provisoire de la République), E.MICHELET, le Ministre des Armées,  lui attribue la Médaille de la Résistance Française.



Le 16 novembre 1946, lui est décerné la Croix d'Honneur en or de la Bravoure et de la Résistance des Francs-Tireurs Libres de la Résistance.
                                                                         

Dans le hall de la préfecture de Haute-Savoie, la plaque commémorative où figure le nom de JACQUES LESPES.

A travers cet article, je vous fait partager l'émotion ressentie, quand j'arrive à connaitre et décortiquer l'histoire d'un objet...Ces histoires sont souvent poignantes, car les objets que je possède, ont appartenus à des hommes qui ont participés à l' Histoire, celle de la France à travers les époques;
Biêntôt, le 17 février 2010, le Corps Préfectoral fêtera ses 210 ans d'existance...210 ans de péripéties au cours desquelles, des périodes plus troublées que d'autres ont façonnées notre pays.
Les parcours de ces hauts-fonctionnaires sont souvent glorieux, et parfois comme ici, le sacrifice est ultime!Quelques uns ont payés de leur vie leur idéal...
On  parle beaucoup du devoir de mémoire, les collectionneurs sont souvent les gardiens de cette mémoire. Après nous...nos collections nous survivrons, ces objets ne nous appartienent pas vraiment, nous n'en sommes que les gardiens temporaires, mais c'est à nous que revient la charge de les conserver, de les faire "parler" et de les sortir de l'oublie.